Ali Smith "Girl meets boys"

 

Girl meets boy d’Ali Smith, éditions de l’Olivier, 2010, 18 €

 

La liberté de pensée existe toujours, heureusement que le roman est une fiction, par définition délirante donc protégée ! Girl meets boy est une perle, l’écriture y est ciselée et pensée, chaque page, chaque phrase, chaque mot est un feu d’artifice d’humour : chaque gerbe, un bonheur de création et de réflexion. Pourtant, comme le titre l’indique, en anglais, langue universelle par excellence : « les filles rencontrent des garçons », etc. Voilà le lecteur piégé ! Ali Smith est l’une des voix les plus singulières de la littérature écossaise, elle travaille depuis longtemps les variantes du conte et elle ne s’arrête jamais d’imaginer l’impensable. Commencez par les épigraphes, et la plus claire (pour ceux qui connaissent l’hébreux, félicitations !) : « Ne pratiquez que l’impossible. », John Lyly (inventeur de l’euphuisme ou style précieux et dramaturge devenu favori à la Cour). Allez découvrir que le grand-père de Cilla et Midge Black, maître conteur et as de la pointe bien lancée, est le digne aïeul de ces deux sœurs qui travaillent dans la multinationale Pure. Dans cette famille, l’humour est amour. La vie est pleine d’incertitudes et d’essais toujours manqués… L’amour est tellement difficile à trouver dans ce bas monde ! Surtout quand on tombe amoureuse d’un Paul androgyne… Les questions existentielles pleuvent pour notre plus grand plaisir. L’intelligence est omniprésente et elle nous remplit. Ali Smith est une poétesse militante, la vie est pour elle une joie de la découverte, de la curiosité insatiable : l’humain, et nous au passage, est percé à jour dans toutes ses absurdités. Le chemin de la vie est long, il passe par « Moi », « Toi », « Nous », « Eux » pour accéder enfin et seulement au « Tous ensemble désormais » qui ne pouvait apparaître avant. Les histoires pour cette philosophe ludique « nous font franchir n’importe quel gouffre. Elles nous transforment en acrobates naturels. Elles nous rendent courageux. Elles nous touchent. C’est dans leur nature. »

Amélie Amblard, septembre 2010