Élizabeth Crane, "Banana Love"

Banana Love et autres nouvelles, Elizabeth Crane, traduites de l’américain par Bruno Boudard, 10/18

 

« Si vous êtes à fond dans Guerre et Paix ou quoi que ce soit de ce genre, vous ne trouverez rien de tel ici. » On vous aura prévenus !

Avec Banana Love, plongez dans dix-sept historiettes qui croquent, sans complexe, la femme moderne – et américaine. Télé, 4X4 et hamburger, là-bas, tout n’est que luxe, calme et volupté. Mais il y a un hic, ou plutôt une peau de banane. Dans la nouvelle éponyme, le bonheur conjugal est réglé comme du papier à musique, jusqu’à ce que le démon du fruit, passion de l’un, hantise de l’autre, détruise l’harmonie matrimoniale.

L’héroïne, c’est vous. Mais la connivence sert une critique systématique de vos us et coutumes, mesdames. Vos jeux télévisés préférés vous renvoient à vos phobies les plus improbables : « Les bonbons. L’ennui. Les bolcheviks. » Et voici Betty le zombie, qui s’offrirait volontiers une bonne tranche d’Ed, son mari. Heureusement, elle a un « coach de vie » ! L’exagération n’est pas toujours loufoque. Un beau matin, vous vous réveillez dans la ville de Claire-Vue. Tout est devenu transparent, et vous découvrez la nudité et la solitude.

Entre horreur, fantastique et poésie, le quotidien est déformé à outrance pour une psychanalyse collective par le rire.

En prise avec une Amérique dont Bush était encore le président, Elizabeth Crane ne pose aucune limite aux fantaisies de l’imagination. Narration débridée, « méta-ironie », syllogismes, situations absurdes et questions existentielles vous emporteront dans ce tourbillon créateur qui déconstruit le genre de la nouvelle. Princesse Vanessa Mc Gillicuddy, avatar délirant de l’auteur, réécrit des livres « afin d’amener les petites filles à repenser l’idée générale de happy end ».

Férus de l’invention verbale et de la satire sociale (voyez « l’écolomoraliste ») vivement invités à cette mer de digressions et d’italiques. Mais littéraires sans estomac s’abstenir !

 

Amélie Amblard