Franz Bartelt, "Les Nœuds"

Franz Bartelt, "Les Noeuds" (éditions Le Dilettante, 2008)


    Sisyphe n’a toujours pas fini son chemin de croix : il a changé son rocher pour un nœud. Ingénieux déplacement qui fait de ce mythe un objet littéraire. L’écrivain, acharné de mots et de sens se découvre en cet être immatériel résumé au cordage. De père en fils, la lignée Porquet se noue autour de cet artisanat. Basile, le dernier, après Émile, Achille et Cyrille, après la période quasi industrielle de sa confection, se retrouve seul, face à lui-même, sans descendance. Et pour dénouer le fil de cette vie solitaire, il faut commencer par ce nœud originel. Basile ne fait que ça, indéfiniment, il parle et il rêve d’un corps, d’un être à toucher, à rencontrer, à nouer autour de ce sexe, décidément seul. Pour un  nœud, prenez deux bouts de ficelle et tirez. Mais celle de Basile pend pitoyablement. Il rêve donc et se perd dans ce monologue intérieur, dans ce face à face du dernier acte existentiel, il devient dangereux pour cette voisine, femme de chômeur, qu’il violerait avec délice, si et seulement si, (comble de la perversité communautaire) son mari oisif venait à mourir brusquement. Dernière confession qui ne rencontrera que l’oreille du lecteur et celle d’SOS amitié.
    Alarmé, tendu, texte à dire sur scène, à mettre sur planches, le nœud du langage ne se dénouera qu’au mot « fin ». Bartelt fait encore après La belle Maison, brûler la langue, il expose en exemple l’histoire entière de l’humanité, l’homme face à ses choix, à ses mots qu’il partage avec les autres, il pointe du doigt la cruauté de la vie qui rend l’homme, et nous entre autres, désespéré de solitude mais sauvé par le jeu de la langue, le fait d’avoir pris la parole avant que les lumières ne s’éteignent pour laisser place au nœud suivant.


Amélie Amblard, décembre 2008.