Hervé Le Tellier "Assez parlé d'amour"

Assez parlé d’amour, d’Hervé Le Tellier, Jean-Claude Lattès, 280 pages, 17€

 

« Que celle – ou celui – qui ne veut pas – ou plus – entendre parler d'amour repose ce livre. » En oulipien averti, Hervé Le Tellier s’engage d’emblée sur le terrain de l’énigme et de la contradiction. Il choisit un thème éculé, mais le traite comme un objet d’universel questionnement. C’aurait pu être un essai : Le Tellier opte pour un récit aux ramifications complexes. À la manière d’un jeu de dominos, il explore les possibles narratifs de la relationamoureuse, dans les deux sens du terme.

 

C’est d’abord l’histoire d’un analyste, Thomas Le Gall, et de sa patiente, Anna Stein. Les deux voix, chacune à part soi, relatent leur coup de foudre simultané. Thomas rencontre Louise, une brillante avocate, tandis qu’Anna s’éprend d’Yves, alter ego de l’écrivain. Les fragments de récit favorisent le miroitement : « Louise Blum pourrait être la soeur jumelle et blonde d'Anna Stein. » Le motif matriciel du double accueille les voix intruses, celles des maris respectifs – et respectables –, Stan et Romain. Rien ne se perd, tout se recrée : telle est la contrainte majeure que se fixe cette étude de l’amour renaissant.

 

À quarante ans, alors que la vie semble toute tracée, peut-on encore parler d’amour ? Pur prétexte pour que chacun devienne le véritable personnage de sa vie. Le livre accueille ainsi un univers d’infinies créations. Une plaque professionnelle, un avis de décès dans un bout de journal, côtoient une conférence sur la langue, une lecture de texte sur le motif de «  l’étranger » et même un livre à compte d’auteur. La technique du collage révèle des âmes qui étaient au départ interchangeables. L’être se forge au feu de la création et Le Tellier se grime derrière des indices et des miroirs pour faire jouer les correspondances.

 

Livre à rouvrir pour en relever le sel, pur objet de création libérée dont la règle serait : «  il y a plus de hasards et de contingences que de nécessités ».

Amélie Amblard, octobre 2009