Kethevane Davrichewy "La mer noire"

La Mer noire de Kéthévane Davrichewy, Sabine Wespieser éditeur, 214 pages, 19 €

      La Mer noire

de
Kéthévane Davrichewy
Sabine Wespieser
19.00 €

 
Article paru dans le N° 110
Février 2010

par Amélie Folliard

Depuis l’écriture jeunesse à l’école des loisirs et Tout ira bien paru chez Arléa en 2004, Kéthévane Davrichewy est hantée par ses origines géorgiennes. La Mer noire ne fait pas exception.

Tamouna, vieille dame raccordée à la vie par des tuyaux à oxygène, s’apprête à fêter son anniversaire, entourée de ses proches. Tamaz, son premier amour, doit venir… en a-t-elle vraiment envie ? Cette journée d’attente, du lever au coucher, est prétexte à se souvenir. « Elle » se revit et traverse à nouveau son siècle, dans un va-et-vient envoûtant entre première et troisième personnes. Exilée à Paris depuis la révolution bolchevique, la Géorgie lui est devenue une terre interdite.

Se reconstruire, ailleurs, dans une communauté reformée et soudée ne lui a pas permis de taire la fêlure originelle. Tamouna est une femme apatride : déracinée, elle est coupée de Tamaz, qui ne fera plus que de brèves apparitions.

L’Histoire se mêle de cet amour empêché. Tamouna est comparable à une mère noire, rongée par la nostalgie, qui se donne « par lambeaux dans sa mémoire vacillante. » L’écriture se fait essentielle, serrée, le temps est désormais compté. Une journée de gestes lents et pesés pour passer aux aveux. Mais loin de cette introspection douloureuse, ses proches se resserrent autour d’elle, pleins d’amour et d’attentions. Le soutien communautaire, le bonheur d’être ensemble et de se rappeler les rituels fusent dans des dialogues acerbes et tendres. Le théâtre de la vie géorgienne est reconstitué sous nos yeux dans le décor d’un appartement parisien.

Kéthévane Davrichewy se plait à confondre le présent et le passé : l’un rend tout son éclat au souvenir, l’autre raconte les vingt-quatre heures d’une femme exilée dans son siècle. L’Histoire décide pour les êtres. Il est alors trop tard. Au soir de sa vie, il ne lui reste qu’un souhait : « Que ses vies multiples forment un tout », que la vieille dame soit aussi cette jeune fille pleine de promesse, reliées enfin par la forme du livre.

 

Amélie Amblard