Klas Östergren "Gentlemen"

Gentlemen de Klas Östergren, traduit du suédois par Anna Gibson, Points, janvier 2010, 630 pages, 8,50 €

 

            Les éditions Flammarion, en 2009, ont enfin traduit une figure tutélaire de la littérature suédoise. Voilà le livre accessible en poche : les Français peuvent découvrir Klas Östergren. À sa sortie en 1980, le livre est une bombe. Un jeune écrivain de 25 ans est encensé et il y a de quoi ! C’est lui qui parle à la première personne de sa rencontre extraordinaire avec les frères Morgan : Henry, le gentleman au bagout intarissable et Leo, le poète neurasthénique. Au bord du gouffre, délaissé même de ses affaires personnelles après un cambriolage louche, Klas se retrouve embarqué aux côtés d’Henry un soir d’entraînement de boxe. Le duo devient inséparable et les aventures dans le Stockholm de la fin des années 70 se succèdent au coeur d’une euphorie libératrice. Ce lien quasiment fraternel est la porte ouverte à une enquête sérieuse à laquelle se livre l’écrivain. Roman policier, d’aventures, d’espionnage, thriller à certains moments improbables, le tout se mêle en un texte long mais inépuisable. Le point de vue de l’apprenti écrivain Klas se fixe sur ces deux frères opposés en tout point et se forge un œil d’enquêteur : une chasse au trésor dans les souterrains de la ville, mai 68 et ses répercussion en Suède, la neutralité faussée du pays pendant la Seconde Guerre mondiale. Tout y passe. Les années 60-70 et leur lot d’Histoire, de libération des corps et de l’esprit en font une chronique minutieuse. Pas de sérieux pour autant, car Gentlemen a le ton de la dérision, de l’humour à chaque réplique et une virtuosité d’analyse et de références littéraires. Les textes de Leo sont minutieusement commentés pour tenter de percer à jour deux personnalités contraires et riches, deux disparus au moment de la sortie du livre. Le lecteur est ballotté en permanence entre ces deux points, sans savoir où va le mener la page suivante. C’est un livre culte, c’est certain et pour les accros, la suite vient d’être traduite cette année : Gansters, vous attend.

Amélie Amblard