Laurine Rousselet "De l'or havanais"

De l’or havanais de Laurine Rousselet, éditions Apogée, mars 2010, 79 pages, 13 €

      De l'or havanais

de
Laurine Rousselet
Apogée
13.00 €

 
Article paru dans le N° 114
juin 2010

par Amélie Amblard

S’immerger dans le secret cubain. Déchiffrer les lieux, les signes et les corps : l’aliénation, le silence, les coupures d’électricité, l’insularité, le désir d’ailleurs et la drogue musicale. Arrivée dans les beaux quartiers touristiques au Vedado, Laurine Rousselet se noie jusqu’au bloc 8 chez une femme de ménage. Le livre est son journal qui recense les gens croisés, protégés d’anonymat : N. qui attend son passeport, R. P. le musicien chanteur parti 15 ans à Paris, Alexis qui rêve de se jeter dans un bateau ; et subrepticement les fantômes du passé, l’amante Eugénie K. et la mère complexe.

On éprouve toujours une gêne à aller voir de plus près comment les « ventres affamés » vivent. Mais ici, pas de voyeurisme, bien que Cuba reste un sujet accessible à tout touriste. Le texte ordonne confiance et respect de l’autre comme ligne jaune infranchissable. Et la voix se propose de traduire la « débrouille », les « cœurs montgolfières qui enflent à vouloir briser les tabous » dans une prose poétique qui se nourrit de rythme, de rupture. L’humanité respire encore au cœur de l’insularité, de l’isolement forcé. Les agités du réel sont encore sur place, ils n’ont pas rejoint la diaspora internationale, même si la dictature légifère. Au-delà de ce témoignage, la mise en scène de l’écrivain, qui versifie Amaliamour (à paraître) lors de l’écriture de ces bribes de voyage, sonde la question de la création, de ses errements, de son inspiration inattendue les soirs d’orage et de pluies torrentielles. Mais pas de cliché poétique pour autant. Se raconter au quotidien pour comprendre l’autre, pour en découvrir le sel. L’or havanais est une pierre à gratter « à force de dépouillement (de paroles crevées) », « car la poésie est le monde à lire ». Même s’il faut garder à l’esprit l’ambiguïté insupportable qu’ « il y a du bonheur à vivre la tuerie » quand on est un simple visiteur muni de son billet de retour.

 

 

Amélie Amblard