Monique Jouvancy "Finir"

Finir, de Monique Jouvancy, La Chambre d’échos, 84 pages, 13 €

Finir
de
Monique Jouvancy
Chambre d'échos (La)
13.00 €

 
Article paru dans le N° 105
Juillet-Août 2009

par Amélie Folliard 

Finir, c’est l’impératif que Monique Jouvancy s’adresse après la mort de son mari. Le sujet est grave et le thème d’actualité : a-t-on droit à l’euthanasie quand la souffrance paralyse  l’existence ?

Témoignage en forme de récit et lettre adressée à l’être cher : « Ce livre est fini. C’est le premier que tu ne liras pas. » Mais pas de voyeurisme, pas de pathos non plus. La narration ne tend pas seulement vers ce « dernier jour » d’un condamné : le temps suit son cours, l’absence se fait cruelle. De sa voix singulière, elle se rappelle du moment où la maladie a fait irruption, il a fallu s’en accommoder. Solitude, colère, chagrin ; elle doit à présent imaginer l’inconcevable. Donner une règle à « l’irrésolu » : dialogue de deux êtres que le théâtre passionne, mise en scène de miroirs inversés, pour faire durer, un peu encore, la flamme de l’amour.

Finir décrit une descente aux enfers, par la voix d’une épouse dévouée à l’aimé jusqu’à l’instant ultime. Livre du deuil dont s’échappent des métaphores, à défaut de solution métaphysique. Manière d’écrire, de vivre quand Dieu est mort depuis longtemps : le cercueil devient ce « petit bateau sommaire qui s’en va avec toi dedans ». Les rôles de « gardienne », d’« accompagnatrice », de « traductrice », d’« entremetteuse » suivent l’évolution de la maladie pour donner naissance à cette « Sorcière noire sous le ciel bas de novembre, qui concocte sa potion » mortelle. Se délivrer de « ce morceau de cervelet en forme d’olive » qui se délite.

Plus encore, la « vague » déferle et décide des rôles à tenir. Sous l’égide beckettienne, le temps devient une matière flottante, la chronologie disparaît, les souvenirs aux sourires tranquilles nous éloignent un temps de l’issue tragique. En livrant un récit de l’essentiel qu’ornent les moments simples et précieux de la vie abolie, Monique Jouvancy trouve le ton et le rythme justes pour raconter l’inéluctable.

 

 

Amélie Amblard