Pascal Janovjak "L'invisible"

L’invisible, de Pascal Janovjak, Buchet Chastel, 304 pages,17 €

      L' Invisible

de
Pascal Janovjak
Buchet Chastel
17.00 €

 
Article paru dans le N° 107
Octobre 2009

par Amélie Folliard

Griffin s’est réincarné en un avocat d’affaires bedonnant échoué au Luxembourg. Lassé des « petites décadences de la haute finance », délaissé des regards féminins, son « miroir muet » depuis longtemps le révèle transparent, un beau matin. « Jovial caméléon », « passe-muraille » infaillible, « jeune chien fou », il découvre avec avidité le monde de l’invisibilité et les pouvoirs que celle-ci lui confère. Il s’exile à Maraleda, métamorphosé en rapace pervers. Mais l’action ne lui suffit plus, il élabore alors une étude minutieuse « de cette race imparfaite » et inférieure qu’est l’humanité à ses yeux.

C’est là que le fil narratif s’épuise. Suivre l’homme invisible, c’est répétitif ! Il se fait donc le narrateur de « l’Arabe », une « anomalie bienvenue » au paradis artificiel. Christ « à la tête cabossée », le second héros mène sa nouvelle ombre en Italie (par bateau), à Tel-Aviv (en avion), et au bout d’une route caillouteuse (en taxi collectif) dans un village sans nom. Dans ce non-lieu de l’extrême, il découvre une société « comme un gant retourné ».

Réécriture moderne de Wells, L’invisible joue avec les clichés littéraires et moraux : Camus, Rousseau, Rimbaud, Céline, côtoient les préjugés les plus plats. Les Noirs sont des « nègres », les Arabes sont en fait des juifs ! Difficile de classer le monde mais : Race supérieure que celle de l’invisibilité ! Le ton est acerbe et sans concession pour ses pauvres contemporains empreints d’artificiel.

Dans son premier roman, Pascal Janovjak donne à l’écriture toute sa force mimétique : ennui, explosions de sentiments, déplacements incessants. Le rythme se cherche et se trouve toujours. La métamorphose se fait métaphore animale souvent, négative aussi.

Roman fantastique, au bord de la science-fiction, polar échevelé, roman social et sociologique, tout se combine pour former la joviale aventure existentielle de l’homme translucide enfin découvert à la vie.

 

Amélie Amblard