Pete Fromm "Avant la nuit"

 

Avant la nuit de Pete Fromm, Gallmeister, avril 2010, 173 pages, 21€

      Avant la nuit

de
Pete Fromm

Gallmeister

21 €

 
Article paru dans le N° 114
juin 2010

par Amélie Amblard

Les éditions Gallmeister avec leur collection « Nature Writing » ouvrent une large fenêtre aux récits des grands espaces, à leur beauté. C’est dans ce cadre que Pete Fromm a déjà publié son best-seller (aux États-Unis) Indian Creek. Avant la nuit est la seconde traduction française. Les nouvelles sont reliées par le thème simple de la pêche. L’écrivain a été ranger, il sait de quoi il parle. Il nous fait alors découvrir le Montana, sa rivière poissonneuse, le Missouri, ses lacs et ses étangs fangeux. Ainsi, les « perles de brume » accrochées aux vêtements du pêcheur se transforment en vapeur quand le feu de camp se met à flamber. Mais le spectacle de la nature est aussi un combat contre l’obscurité. Pas de béatitude romantique et passionnée dans le style. La nouvelle éponyme s’amuse à décrire le tâtonnement auditif d’un retour en barque retardataire dans la nuit. Les paysages, les variations climatiques deviennent le reflet de ces êtres que le lecteur rencontre à chaque récit. La pêche n’est qu’un prétexte à aller plus loin, même si le novice découvre le langage spécialisé : les nymphes que l’on fixe pour pêcher, les poissons-spatules, les farios, les tricots, ces insectes qui annoncent les prises et même la stratégie des nœuds que le petit Kenny répète la nuit en attendant la visite de son père divorcé. La relation père-fils, les amis, les couples se retrouvent sur l’eau avec leur ballot respectif dans leur « Wagon Flottant ». Le texte dévoile, avec la finesse de la suggestion, des personnages étonnamment profonds pour le genre bref. La pêche et ses joies, mais aussi son sentiment de marche vers le peloton d’exécution pour ceux qui ne se fondent pas pleinement dans le rôle. Le meilleur des lanceurs ne s’occupe que de cailloux et se rebaptise Stone quand il comprend son don. La mariée sur l’eau, sans alliance et en waders, aurait rêvé d’un peu plus de confort et même d’un tapis rouge pour ce jour qui restera unique.

Amélie Amblard, mai 2010