Pierre Charras, "La crise de foi(e)"

(Editions Arléa, 2008)

    Il était une fois, une plongée dans l’enfance. Raconter sa famille, un trio d’amour, la sainte famille peut-être : le père, la mère et l’enfant. Encore une fois, les yeux de l’enfant (toujours très jeune comme dans ses nouvelles) permettent de découvrir avec foi la place de chacun. Un nid d’amour que l’enfant vient désorganiser une fois, ces petites pièces qui n’étaient que pour deux sont déformées par une exubérance : le petit. Et lui, qui comprend, qui regarde, s’accroche à eux, seules personnes qui peuvent le faire vivre. Cette crise de foie, trop de chocolat qui fait oublier le mécano, cadeau de l’entreprise devient celle de la foi. Le doute gagne l’écriture entre celui d’aujourd’hui et celui d’autrefois. Ce père, parti trop tôt, met le jeune en crise, la trinité effacée, il ne reste que deux individus qui ne forment pas le couple originel et qui partiront chacun de leur côté. L’écriture se fait agressive, derrière ces souvenirs, c’est une « matière-émotion », poétique que Charras arrive à créer sous ses doigts. Les mots sont simples, ils crient la foi à chaque phrase sans que la recherche soit plus approfondie que ça. Rester sur le fil de l’émotion, de cette histoire qui est la nôtre, le père on l’a eu, on l’a, ou on l’a jamais connu. Place capitale, fantôme implacable, le sujet est haut, et cette écriture pleine de foi devient le moment d’une psychanalyse collective. Dépasser le père, ouvrier, aller plus avant et regretter ses racines, le communisme de la salle Louise Michel et l’amour d’une boîte de mécano, un soir de Noël. Sur ma foi, c’est de moi dont on parle dans ce livre… pour une fois.


Article d'Amélie Amblard, janvier 2008.